« Bare » : le court-métrage de la Colombie-Britannique en route pour Cannes

15 • 05

Faisant partie de la cohorte de Talent tout court 2026, Bare prend la direction de Cannes, où les festivaliers pourront découvrir ce court métrage humoristique audacieux et plein d’esprit, réalisé par Miranda MacDougall et Lucy McNulty d’après un scénario de Claire Johnstone. Johnstone y tient également le premier rôle dans la peau de Daphnée, une monitrice d’aquaforme qui, lorsqu’il est question de rencontres en ligne, a du mal à garder la tête hors de l’eau, surtout lorsqu’elle doit prendre un égoportrait flambant nue. Mais une discussion franche à ce sujet avec les dames âgées de son cours dans le vestiaire de la piscine lui redonne confiance en elle. C’est avec ces scènes dans le vestiaire que Bare bouscule les attentes sur la nudité à l’écran pour nous montrer à quoi ressemblent réellement les corps – les corps vieillissants. Ainsi, ce court métrage déjà très drôle sur les rencontres amoureuses à notre époque devient aussi une réflexion profonde sur l’amour de soi et sur la façon de conserver cette confiance en soi, même à un âge avancé. 

La scénariste Claire Johnstone a abordé la question sous plusieurs angles. « Cette histoire s’inspire d’un mélange d’expériences personnelles en matière d’amour et de fréquentations, de frustration face au manque de rôles intéressants à jouer, ainsi que de l’obsession de notre société à vouloir retarder le processus du vieillissement à tout prix », explique-t-elle.  

Sur ce second point, Kathryn Shaw, l’actrice qui interprète Dolores, l’une des aînées du cours d’aquaforme de Daphnée, a un jour raconté à Johnstone qu’elle en avait assez des rôles au cinéma et à la télévision pour lesquels elle auditionnait, se plaignant que, trop souvent, il s’agissait de grands-mères stéréotypées et « interchangeables », le genre à faire cuire des biscuits. « Je suis d’accord avec elle », ajoute Johnstone. « J’ai écrit [un rôle] pour elle et je voulais que toutes ces femmes pratiquant l’aquaforme soient aussi drôles et intéressantes que les personnes âgées que je côtoie dans ma vie. Je voulais qu’elles soient branchées, calées en technologie et insouciantes, contrairement à la jeune Daphnée, qui est maladroite, gauche et peu sûre d’elle. » 

Par pure coïncidence, Johnstone en était à son deuxième trimestre de grossesse au moment du tournage, et le personnage de Daphnée – maladroite, gauche et peu sûre d’elle – a été façonné et inspiré par une scénariste et actrice déjà très consciente de son corps. « L’ironie de la situation ne m’a pas échappé : je tournais ce film au moment où j’en avais le plus besoin », dit Johnstone. « Mon corps se transformait et accomplissait quelque chose de merveilleux, et pourtant, je me sentais plutôt vulnérable. Les scènes en maillot de bain et la nudité à l’écran me mettaient mal à l’aise. Je me suis d’ailleurs surprise à demander à plusieurs reprises, à voix haute : Mais qui a bien pu écrire ce scénario?! » 

Eh bien, c’est Claire Johnstone, et lorsqu’elle l’a présenté à la réalisatrice Lucy McNulty, qui avait très envie de collaborer avec son amie et collègue cinéaste Miranda MacDougall, tout est allé comme sur des roulettes.  

« [Le scénario] était jouissif sans être mièvre ni prétentieux », dit MacDougall. « Il était honnête, franc, et juste assez ambitieux sur le plan logistique pour qu’on se pose sans cesse cette question : Est-ce qu’on peut y arriver avec ce budget et en si peu de temps…? » 

« Beaucoup de films sur les rencontres amoureuses et l’image corporelle peuvent paraître trop lisses ou se prendre au sérieux. Le scénario de Claire avait au contraire un côté maladroit tout à fait charmant », d’ajouter McNulty. « Il montrait que l’insécurité peut être à la fois absurde et déchirante. » 

Comme une grande partie du court métrage se déroule dans une piscine thérapeutique (le Stan Stronge de Vancouver), les scènes de vestiaire de Bare montrent plus ou moins tout au public, mais c’est justement là  le but : les femmes âgées existent, elles aussi, et elles suivent des cours d’aquaforme. À un moment donné, elles vont être nues. Vous allez vous en remettre.  

« Nous voulions éliminer toute gêne, que l’histoire soit ancrée dans la neutralité corporelle – sans précipitation – et dans la banalité du quotidien », dit MacDougall. « Pour montrer des corps qu’on ne voit vraiment pas souvent à l’écran, pour les mettre à l’honneur sans en faire tout un spectacle. C’est aussi en partie ce que Daphnée est en train de vivre, donc d’un point de vue thématique, il y avait une belle cohésion. Nous voulions que l’aisance et le naturel avec lesquels notre groupe assumait sa nudité contrastent directement avec le malaise de Daphnée face à la sienne. »  

McNulty, qui affirme avoir une connexion quasi télépathique avec sa coréalisatrice, est d’accord. « Je pense qu’une des choses les plus radicales qu’on puisse faire à l’écran est de montrer des corps qui existent sans s’excuser. Surtout des corps féminins. Des corps féminins vieillissants », précise-t-elle. « D’un point de vue historique, le cinéma a soit complètement effacé les femmes âgées, soit les a réduites à des archétypes : la grand-mère, le ressort comique, ou le symbole du vieillissement et du déclin. Nous voulions que ces femmes soient sensuelles, drôles, brouillonnes, audacieuses, vivantes. »  

Après BareMacDougall et McNulty, elles-mêmes actrices, ont l’intention de poursuivre leur collaboration et de développer des longs métrages, dont Deepfake, un suspense psychologique écrit par Ariel Bond, qui sera réalisé par MacDougall et produit par McNulty. Leur long métrage Hunting Matthew Nichols vient d’être lancé sur près de 1 000 écrans au Canada et aux États-Unis. Entre-temps, McNulty développe un long métrage à Toronto, actuellement en production avec MGM. Par ailleurs, MacDougall reprend son rôle régulier dans la saison 14 de la série When Calls the Heart et elle vient tout juste de lancer la société Third Rodeo, avec laquelle elle développe une série de projets documentaires et narratifs.  

Bare peut être visionné dans la vidéothèque du Short Film Corner durant le festival. 

Jake Howell est un auteur et un programmateur de films de Toronto. 

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