Des récits exceptionnels qui séduisent le monde entier à nos programmes de financement et de crédits d’impôt, les documentaires canadiens ont quelque chose de spécial à partager avec le monde. Du 22 au 24 juin 2026, des professionnels du documentaire du monde entier se réuniront à La Rochelle, en France, pour assister à la 37e édition du marché Sunny Side of the Doc. Et bien sûr, le Canada sera de la partie!
La nouveauté de cette année est le marché Meet & Match, où 120 projets sélectionnés bénéficieront de rencontres personnalisées de 15 minutes, organisées en fonction de leurs intérêts et de leurs objectifs.
Nous avons six projets en cours, parmi lesquels des séries scientifiques et sur la nature, ainsi que des reportages sur les arts et la culture. Nous avons discuté avec les producteurs canadiens participants pour savoir ce qui fonctionne dans l’industrie mondiale d’aujourd’hui et ce que chacun espère accomplir au Meet & Match. Nous avons également cherché à comprendre ce qui rend nos documentaires locaux si attrayants pour les partenaires internationaux (indice : tout est dans la force du récit!). Continuez à lire pour en savoir plus.
A NEW NATURE
Entrevue avec le producteur Jeffrey Turner (River Road Films)
Ce projet de River Road Films, inspiré par la faune sauvage, explore l’impact de l’intelligence artificielle sur notre compréhension de la nature et du langage animal, et montre en quoi ces nouvelles connaissances remettent en question nos idées reçues.
La CBC a investi dans le développement de cette série, qui présente un fort potentiel pour une diffusion d’abord en ligne et qui est produite par Jeff Turner, un professionnel fort de 35 ans d’expérience, ainsi que par sa fille et partenaire de production, Chelsea Turner (également productrice du projet de Meet & Match Women of the Wolves). Ses succès comprennent Planet Earth, Frozen Planet, des projets pour The Nature of Things, ainsi que la coproduction canado-britannique Island of the Sea Wolves, une série de Netflix gagnante de 4 prix Emmy à propos de l’île de Vancouver.
A New Nature s’inspire des recherches de Turner sur la manière dont les scientifiques décodent le langage des animaux. « Cela nous a amenés à nous intéresser à la façon dont l’IA est utilisée pour faciliter ce processus », explique-t-il. « En approfondissant nos recherches sur les applications de l’IA chez les biologistes, nous avons découvert un nouveau domaine de recherche qui offre une vision fondamentalement nouvelle de la nature et de son fonctionnement. « Les progrès de l’IA et d’autres technologies permettent aux scientifiques de répondre à des questions fondamentales sur notre planète. » Même à ce stade précoce, il estime que les connaissances qui en découlent vont transformer radicalement notre façon d’envisager les autres formes de vie avec lesquelles nous partageons ce monde.
Quant au financement, la coproduction représente un moyen idéal pour les documentaires sur la nature et les sciences, explique-t-il, car ce modèle nécessite l’investissement de plusieurs diffuseurs pour réunir les fonds nécessaires. (Par exemple, un autre de ses projets, Life on the Edge, est une coproduction officielle avec Passion Planet au Royaume-Uni. « Aucun de nous deux n’avait à lui seul un budget suffisant pour raconter l’histoire comme nous le souhaitions, mais en combinant nos projets, nous avons obtenu les ressources nécessaires. ») Il ajoute que les partenaires canadiens peuvent certainement apporter des ressources financières importantes à un projet. « Nous disposons aussi d’une industrie florissante qui bénéficie du soutien du gouvernement et de crédits d’impôt. »
Que souhaitez-vous accomplir au Meet & Match? « Nous espérons rencontrer des diffuseurs et des distributeurs intéressés par notre série, et décrocher des commandes pour la télévision traditionnelle et numérique. Nous espérons aussi trouver de nouveaux partenaires de coproduction dans d’autres pays. »
BRINGING BACK THE LOST
Entrevue avec le producteur Raj Panikkar (Fifth Ground Entertainment)
Il y a quelques années, Raj Panikkar a découvert les travaux menés par Colossal Biosciences dans le domaine de la désextinction, et c’est ainsi qu’est né Bringing Back the Lost.
Cette série documentaire scientifique s’inscrit dans la lignée des productions de sa société, Fifth Ground Entertainment, qui réalise depuis 20 ans des comédies et des documentaires maintes fois nommées aux prix Écrans canadiens. Leur projet Reelside a été nommé pour deux prix Écrans canadiens et ils ont produit des séries pour TVOkids.
Selon Panikkar, cette créativité contribue à rendre les documentaires canadiens particulièrement attrayants pour les partenaires internationaux. « Nous proposons quelque chose de véritablement différent », explique-t-il. « Nous sommes des conteurs façonnés par notre société incroyablement diversifiée : des cinéastes autochtones, des voix venues des quatre coins du monde et une riche tradition de documentaires. Nous abordons des thèmes universels sous un angle qui n’est ni américain ni européen, et je pense que les acheteurs apprécient cette originalité. » Il met également en avant les accords de coproduction du Canada, les financements publics, les crédits d’impôt, ainsi que les équipes et les producteurs. « Quand on travaille avec le Canada, on bénéficie d’histoires formidables, d’un accès au financement et aux infrastructures, ainsi que de contenus qui ont déjà fait leurs preuves à l’international. »
Dans un marché attiré par les histoires de crime et les célébrités, il a remarqué que les documentaires scientifiques et d’histoire naturelle « ont un impact et une pertinence environnementale qui les placent mieux que la plupart des autres pour attirer des financements. La formule gagnante pour les producteurs canadiens consiste à proposer des récits animés par un moteur commercial ou scientifique, qu’il s’agisse d’un personnage, d’un crime ou d’une découverte, puis de les raconter avec le savoir-faire et la perspective qui font notre réputation. »
Que souhaitez-vous accomplir au Meet & Match? « Nous avons réussi notre phase de développement avec Blue Ant Media, qui nous a proposé un contrat de développement pour la série. J’espère donc rencontrer des responsables de la programmation, des diffuseurs et des distributeurs qui pourront nous aider à trouver des financements non canadiens afin de boucler le financement de la série. « Le projet a déjà suscité l’intérêt de plusieurs distributeurs. Bringing Back the Lost est une histoire d’envergure mondiale, alors je ne privilégie aucune région en particulier pour le soutien, mais je veux toucher le plus large public possible. »
FINDING DORA MAAR
Entrevue avec le producteur Daniel Weinzweig (Richdan Productions)
Tout comme le récit qu’il raconte, l’histoire derrière le documentaire Finding Dora Maar en est une de découverte, explique le producteur Daniel Weinzweig. Alors qu’il se trouvait en Provence, dans le sud de la France, il est tombé par hasard sur le Centre culturel Dora Maar.
Dans la boutique de souvenirs, il a trouvé une traduction anglaise des mémoires de Brigitte Benkemoun, inspirées de sa biographie, qui racontent l’histoire de cette femme qui n’était pas seulement la muse de Picasso, mais aussi une artiste à part entière au sein du mouvement surréaliste des années 1930. « J’ai adoré ce livre, il m’a transporté dans un autre univers, et je me suis dit qu’il y avait là matière à un film.»
Inspirés par cette idée, lui et son associé chez Richdan Productions, Richard Stursberg (qui a précédemment occupé des postes de direction à la CBC et à Téléfilm Canada), ont décidé de concrétiser ce projet. Ils ont levé des fonds pour le développement et ont recruté le producteur Martin Katz (Prospero Pictures), une figure emblématique du cinéma canadien, membre de l’Ordre du Canada, connu pour le film Hôtel Rwanda, nommé aux Oscars, ainsi que pour plusieurs films de David Cronenberg. C’est Lucy Darwin (connue pour le film de Woody Allen Match Point), qui réside actuellement à Ménerbes, la ville où Dora Maar a vécu, qui a été confirmée à la réalisation. Avec la participation de la société française Artline, cette coproduction franco-canadienne « sortira Dora Maar, l’artiste, de l’ombre de Picasso pour la mettre en lumière en tant que femme artiste dotée d’une volonté propre ».
Si Weinzweig reconnaît l’engouement actuel pour les documentaires sur le crime, en tant que producteur canadien, il estime que les histoires priment sur le genre, ce qui place Finding Dora Maar en bonne position pour connaître un succès international. « Le film s’inspire d’un best-seller français, mais ce qui le distingue, c’est l’histoire de l’auteur. » Intégrée au récit du film, cette dimension crée une sorte d’intrigue policière, « qui réserve des surprises tout au long du film, grâce à des images d’archives et à des entretiens avec des témoins clés », note Weinzweig. « La vie de Dora Maar était extraordinaire, et c’est ce qui fait de ce documentaire une œuvre captivante. »
Que souhaitez-vous accomplir au Meet & Match? « Pour faciliter une prévente, nous allons rencontrer des acheteurs et des investisseurs. Comme il s’agit d’un franco-canadien, les acheteurs français et britanniques joueront un rôle crucial. Des distributeurs ont également manifesté leur intérêt. Une fois la prévente conclue, nous pourrons lever le reste des fonds nécessaires à la réalisation du film. Nous avons déjà reçu des marques d’intérêt de différents intervenants qui souhaitent participer à la réalisation de ce film.
GURBET: SEARCHING FOR ANADOLU ROCK
Entrevue avec le producteur Timur Musabay (Cemalim Films)
Alors que DJ, collectionneurs et producteurs redécouvrent la musique psychédélique turque des années 1970, connue sous le nom d’Anadolu Rock, un long métrage documentaire coproduit par le Canada et la Turquie met en lumière l’héritage oublié de ce mouvement, faisant la lumière sur ce son révolutionnaire né dans une période de bouleversements politiques.
Pour le producteur Timur Musabay, ce projet est le fruit de décennies passées à dénicher des disques et de sa passion pour le hip-hop. « Plus je me plongeais dans l’Anadolu Rock, plus je commençais à reconnaître la musique turque dans la culture de l’échantillonnage et dans les prestations de DJ. » Beaucoup de ces artistes ont des histoires incroyables qui n’ont jamais été correctement documentées, et à mesure qu’ils vieillissent, il ne reste « qu’une petite fenêtre de temps pour préserver ces souvenirs avant qu’ils ne soient perdus à jamais ».
En tant que Canadien d’origine turque et ouïghoure, Musabay s’est senti poussé à raconter cette histoire. Touchant aux thèmes de la musique, de la rébellion et de l’expérimentation, « ce projet est devenu un moyen de renouer avec mes racines, en gardant un pied dans le monde de la chasse aux vinyles et l’autre dans mon héritage turc. « Après avoir passé des années à réaliser des clips musicaux et des documentaires interactifs comme The Holy City (qui a été présenté en avant-première au festival Cannes XR et a remporté plusieurs prix), c’est mon projet le plus personnel », ajoute-t-il.
L’expérience lui a montré que les histoires universelles ont du succès partout. « Celles qui sont profondément ancrées dans un lieu ou une culture spécifiques, mais qui explorent des idées universelles auxquelles le public du monde entier peut s’identifier. C’est pourquoi il est si important d’adopter une vision internationale dès le départ », explique-t-il, ajoutant que le multiculturalisme canadien apporte une perspective unique très appréciée par les partenaires internationaux. « Nous disposons également de l’une des meilleures industries cinématographiques au monde, avec des talents incroyables dans les domaines de la production, de la postproduction, des effets spéciaux et de l’animation. »
Que souhaitez-vous accomplir au Meet & Match? « J’espère rencontrer des personnes qui se sentent vraiment concernées par ce sujet. Nous avons déjà constitué une équipe formidable, composée de membres issus de plusieurs pays, et le projet avance bien. Nous recherchons désormais des coproducteurs, des partenaires financiers, des diffuseurs, des plateformes de diffusion en ligne et des distributeurs pour nous aider à donner vie à ce projet. »
THE CLUSTER
Entrevue avec le producteur Ed Barreveld (Storyline Entertainment)
Studio de documentaires plusieurs fois récompensé (notamment aux prix Gémeaux, aux prix Écrans canadiens et aux Emmy, pour n’en citer que quelques-uns), Storyline Entertainment « explore les aspects et les points de vue méconnus de la société et de la culture », explique le producteur Ed Barreveld.
The Cluster a été lancé en 2024, après que l’équipe ait produit le premier documentaire de la réalisatrice Maria Markina. « Nous avions une excellente relation de travail et souhaitions collaborer sur un nouveau film », explique Barreveld. Inspiré d’un article paru dans The New York Times Magazine, The Cluster suit le Dr Alier Marrero dans sa quête de réponses concernant une mystérieuse maladie cérébrale qu’il soupçonne d’être liée à des expositions environnementales.
L’idée correspondait parfaitement. Storyline recherche des projets « dont le thème s’inscrit dans notre mission et qui présentent un intérêt international, tout en étant capables de toucher le public national ». À cette fin, la participation aux marchés internationaux est essentielle pour nouer des relations fructueuses avec des partenaires de coproduction potentiels, explique Barreveld, qui attribue à sa présence sur ces marchés le succès de coproductions avec les États-Unis, la Grèce, l’Allemagne, la France, la Belgique, le Chili et l’Australie. « Cela nous a permis d’élargir notre horizon, de profiter des talents et des financements étrangers, et de nous faire connaître auprès des diffuseurs internationaux. »
Quant à l’apport des documentaires canadiens au monde, il souligne la longue tradition du Canada en matière de production documentaire d’exception. « Nous disposons de talents créatifs et d’équipes expérimentées capables d’apporter une contribution significative à la production de documentaires. Grâce aux droits de diffusion et au financement provenant de divers fonds cinématographiques, les Canadiens offrent une contribution financière importante. Cela fait du Canada un partenaire de choix pour les coproductions. »
Que souhaitez-vous accomplir au Meet & Match? « Notre objectif principal est de trouver des fonds pour boucler le financement du film. Plus précisément, nous recherchons des préventes de droits de diffusion ou des coproductions. Nous souhaitons également rencontrer des distributeurs et des programmateurs de cinéma afin de faire connaître The Cluster à leur réseau. »
WOMEN OF THE WOLVES
Entrevue avec la productrice Chelsea Turner (River Road Films)
De Netflix à IMAX en passant par la CBC, les quelque vingt-quatre projets de la réalisatrice Chelsea Turner, nommée aux prix Emmy, comprennent aussi bien des films que des séries, dont la plupart témoignent de sa passion pour les récits sur les relations entre l’homme et la faune sauvage.
L’idée de Women of the Wolves a germé par hasard au Brésil, en 2023. C’est lors du tournage de la série documentaire Shared Planet qu’elle a rencontré ses collaborateurs pour ce nouveau projet : le couple de cinéastes Bruna Lucheze et Cedar Leite.
« Bruna nous a raconté comment sa vie avait été profondément bouleversée par son lien avec les loups à crinière, l’une des espèces de canidés sauvages les plus rares au monde », explique Turner à propos de Women of the Wolves, dont la réalisation a déjà été approuvée par la CBC sous la forme d’un documentaire d’une heure pour l’émission The Nature of Things. « Dans notre film, on voit Bruna se battre pour protéger les loups qu’elle aime envers et contre tous, ainsi qu’une louve à crinière qui lutte pour élever ses petits. C’est une histoire de dévouement, de responsabilité, de sacrifice et, en fin de compte, de joie et d’espoir. Ces émotions sont ressenties et comprises universellement. C’est une histoire formidable, empreinte d’une grande émotion et aux enjeux importants, qui saura captiver le public. »
À ce propos, Turner estime que le succès repose sur des récits ancrés dans des thèmes universels qui trouvent un écho au-delà des frontières culturelles. En effet, sa passion témoigne de l’attrait universel et de l’authenticité des histoires canadiennes, et fait bonne figure parmi le bassin de talents riches et diversifiés de notre secteur. Bien sûr, en ce qui concerne les partenaires internationaux, Turner affirme que « le Canada dispose d’un écosystème de production bien établi, doté d’un financement public solide et de crédits d’impôt généreux qui permettent d’optimiser la valeur de la production à l’écran ».
Que souhaitez-vous accomplir au Meet & Match? « Tous les droits internationaux hors du Canada sont actuellement disponibles. Nous souhaitons donc conclure des accords de prévente avec d’autres diffuseurs. »
Vous allez à Sunny Side of the Doc 2026? Nous aussi! Voyez-en plus sur notre participation au festival et au marché sur notre page dédiée à l’événement, ici même : Le Canada à Sunny Side of the Doc 2026 – Sunny Side of the Doc 2026