Mort et banalité : Dans l’attente… de Lev Lewis à Clermont-Ferrand

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Scénarisé et réalisé par Lev Lewis, Dans l’attente… fait partie de la programmation de Talent tout court de Téléfilm Canada au Marché de Clermont-Ferrand 2021 et a été sélectionné à ce Festival du court métrage!

Sensible et minimaliste, le film raconte un moment de la vie d’une petite famille dans sa demeure, dont les membres discutent de toutes sortes de sujets comme les courses, la cérémonie des Oscars ainsi que de la date de la mort médicalement assistée de la mère.

Le réalisateur a eu la gentillesse de partager avec nous quelques réflexions sur son processus d’écriture, qui a été influencé par des événements éprouvants survenus dans sa propre famille.

« Le film est né d’un scénario de long métrage que j’envisageais de faire et qui racontait l’histoire d’une femme sous respirateur artificiel à l’hôpital et de sa famille réunie autour d’elle, explique Lewis. J’ai obtenu une subvention pour ce film, mais je n’ai jamais prévu de le tourner, car le scénario ne m’a jamais vraiment satisfait. À peu près en même temps, ma mère a reçu un diagnostic de cancer et a finalement obtenu l’aide médicale à mourir.

« Plus je faisais des ébauches, plus le film ressemblait à ma propre vie. Au départ, je gardais une certaine distance, et malgré des différences, la plupart des détails – et certainement l’essentiel du ton et de l’émotion — me ramenaient à mon souvenir de cet épisode très dramatique, très triste et très sombre de ma vie. L’expérience de prendre soin d’une personne atteinte d’une maladie en phase terminale est empreinte d’une dualité bien particulière, car chaque jour amène son lot d’incertitudes, tout en s’avançant parallèlement vers une issue inévitable. »

Bien qu’il ne s’applique pas avec exactitude à Dans l’attente… qui est profondément émouvant, l’adjectif « sombre » convient tout à fait à la « routine » quotidienne des personnages.

Je voulais montrer qu’il y a une certaine banalité, même dans les moments les plus dramatiques et les plus déchirants de la vie », de faire valoir Lewis.

« Ce fut une expérience passablement nouvelle pour moi, poursuit-il. Tous les autres scénarios que j’ai écrits ou les autres films que j’ai réalisés avaient une dimension personnelle, sans pour autant faire ainsi référence à ma vie. Ce rapport à mon vécu a été extrêmement utile, mais aussi une grande source de tension intérieure. En effet, je peux volontiers explorer mon passé et mes émotions, mais il me fallait en l’occurrence le faire avec rigueur par responsabilité envers les personnes qui ont partagé cette expérience avec moi. »

Dans le film, la chambre de la mère est située à l’étage, et on voit les membres de la famille y entrer et sortir, tout en respectant le caractère privé de cette pièce.

« La décision de ne pas montrer la mère a été mon point de départ, fait observer le réalisateur. Je savais que mon récit puiserait dans ma propre vie et qu’il serait relativement dépourvu d’intrigue ou de rebondissements. Ce n’est en fait qu’en voyant l’image du couloir vide, de la porte close et des membres de la famille qui allaient et venaient que j’ai eu une idée suffisamment réelle et tangible pour amorcer mon travail d’écriture. Je tenais la base d’un film qui ne vise pas d’abord à être accrocheur, mais à représenter avec beaucoup de  réalisme un sentiment largement partagé par ma famille aux derniers stades de la vie de ma mère. Sa chambre était devenue une sorte de domaine privé dans lequel on pénétrait et dont on sortait en douceur. Cela ne signifie pas que nous ne la voyions pas, car nous la voyions toujours — mais il y avait une certaine séparation, et j’estime que le choix de ne pas montrer le personnage de ma mère reproduit en quelque sorte cette impression. »

Lewis espère que la sélection de son film par le Festival Clermont-Ferrand contribuera à élargir sa portée et son rayonnement.

Dans l’attente… a une importance très particulière pour moi, tant par sa teneur que par les enseignements que j’en ai tirés sur le plan cinématographique. Je suis très honoré de le voir projeté à l’étranger et atteindre un plus large public. Je mijote actuellement des idées et des souvenirs dans l’optique d’un long métrage, » ajoute le cinéaste. « J’ai le concept de base, et je compte entreprendre l’écriture du scénario au cours des prochaines semaines. »

Tous les films présentés au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand seront disponibles du 29 janvier au 6 février (et jusqu’au 31 décembre 2021 pour les abonnés du Shortfilmwire+).

JAKE HOWELL

Jake Howell est un scénariste et un programmateur de films indépendant de Toronto.

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